Ce projet pourrait non seulement contribuer à la sécurité et à la performance des athlètes d’élite, mais aussi inspirer des protocoles de prévention et de traitements applicables à tous les niveaux de la compétition sportive.
Prévenir les commotions cérébrales chez les sportifs
Jeudi 12 septembre 2024
Les commotions cérébrales liées au sport sont une préoccupation croissante, notamment dans les disciplines à fort impact comme le rugby. Les risques de troubles cognitifs, de démence et de maladies neurodégénératives à long terme font l'objet de discussions en Europe depuis plus de quinze ans. Cependant, la détection, l'évaluation et la prise en charge rééducative des effets aigus de ces traumas demeurent un défi majeur.
Le projet de recherche porté par Jan Patrick Stellmann, enseignant-chercheur au Centre de Résonance Magnétique Biologique et Médicale (CRMBM), et le Brain Injuries Group Study créé par le Pr Henry Dufour, Chef de Service de Neurochirurgie, et Alizée Pann, Neuropsychologue, au cœur de l’Hôpital La Timone (AP-HM), vise à combler cette lacune en développant des techniques avancées pour mieux comprendre et diagnostiquer les commotions cérébrales dès leur apparition.
Vers une amélioration de la prise en charge des athlètes
L'objectif principal de ce projet réside dans l’étude des altérations et réorganisations du cerveau après une lésion cérébrale traumatique légère, tant au niveau structurel que fonctionnel. En combinant des techniques d'imagerie avancées et des tests neuropsychologiques, les experts cherchent à identifier des marqueurs prédictifs qui pourraient améliorer la prise en charge des athlètes et assurer leur retour sécurisé à la compétition.
Une approche multimodale pour évaluer l'impact sur la santé du cerveau dans la phase aiguë
Depuis trois ans, les chercheurs collaborent étroitement avec le club de Pro D2 Provence Rugby et, plus récemment avec l’OM et avec le club de handball féminin HBPC. Ces collaborations ont permis à ce-jour de mener des tests sur 33 sujets, cumulant plus de 40 commotions.
Grâce à un protocole d'examen clinique optimisé, les experts utilisent des techniques d'IRM cérébrale avancées telles que la perfusion ASL (Arterial Spin Labeling), qui mesure le flux sanguin cérébral à l’aide d’une impulsion de radiofréquence, méthode non-invasive permettant de déceler des asymétries de la perfusion cérébrale. Les chercheurs emploient également des techniques d’IRM standards afin de déceler des petites lésions, micros-saignements et des anomalies de diffusion.
En parallèle, des bilans neurologiques et neuropsychologiques sont réalisés pour chaque joueur afin de détecter de potentiels troubles cognitivo-comportementaux.
Cette approche permet de quantifier les asymétries de perfusion cérébrale et d'étudier leur corrélation avec les symptômes cliniques objectifs et subjectifs, dans le but d’établir des marqueurs prédictifs sur le long terme.
Les experts cherchent ainsi à déterminer le moment optimal pour une reprise d’activité, tout en minimisant les risques de récidive. En effet, si un athlète n'a pas complètement récupéré, il est susceptible de subir une nouvelle commotion, qui s'accompagne d'un risque de séquelles nettement plus élevé que la première.
Une portée plus large : pour les sportifs amateurs et autres disciplines
L'une des ambitions majeures de ce projet est d'étendre les recherches aux sportifs amateurs de tous niveaux, car la problématique des commotions cérébrales est une question de santé publique plus large. En améliorant notre compréhension des commotions cérébrales et en développant des marqueurs prédictifs fiables, ce projet pourrait non seulement contribuer à la sécurité et à la performance des athlètes d’élite lors de grandes compétitions telles que les jeux olympiques, mais aussi inspirer des protocoles de prévention et de traitements applicables à tous les niveaux de la compétition sportive et à la population tout-venante subissant des commotions.